Tribune du Journal « Le Monde »

Mardi 24 septembre 2019

Par : Marie Dosé, Henri Leclerc, Gérard Tcholakian, avocats à la Cour

« Qu’attend la France pour rapatrier les enfants et leurs mères détenus au Kurdistan syrien ? »

Selon Jean-Yves Le Drian, il serait risqué pour le personnel de l’Etat d’aller chercher des mineurs et leurs mères dans les camps du Kurdistan syrien. « Une fable », s’insurgent trois avocats de familles concernées dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Le 16 septembre, le journal Le Monde révélait que plusieurs familles françaises dont les enfants et petits-enfants étaient détenus dans des camps de déplacés au Kurdistan syrien avaient déposé plainte devant la Cour de justice de la République (CJR) contre Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, du chef d’« omission de porter secours ».

Trois jours plus tard, le ministre déclarait : « C’est très difficile de rapatrier les enfants, je le dis d’ailleurs aux avocats, il faut à chaque fois négocier. Quand on a ramené les dix-sept personnes [orphelins ou mineurs isolés rapatriés au cours des derniers mois], nous avons emmené quelques collaborateurs sur place, ils ont eu du mal, ils ont même risqué leur vie pour rapatrier ces enfants-là. »

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Le délit d’« omission de porter secours », prévu et réprimé par l’article 223-6 du code pénal, est constitué dès lors qu’un justiciable s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours.

Et l’on comprend mieux, à la lecture de cet article, pourquoi M. Le Drian tente de faire accroire que ses collaborateurs « risqueraient leur vie » en rapatriant ces enfants. Mais qui les menacerait donc ? Qui attenterait à leur vie au Kurdistan syrien en empêchant leur dessein de sauver des enfants ? Les Kurdes ?

« Ce sont vos concitoyens, ils ont des passeports français. Il faut assumer. La Russie, elle, a repris presque tous ses prisonniers », Abdulbasset Ausso, dirigeant de l’appareil judiciaire kurde

Rappelons également que les autorités locales kurdes ont publiquement dénoncé la frilosité du gouvernement français à rapatrier ses ressortissants en la personne d’Abdulbasset Ausso, dirigeant de l’appareil judiciaire kurde, en ces termes : « Ça ne peut pas durer éternellement, nous n’avons pas assez de place. Et ils nous coûtent cher ! Leur nourriture, leurs soins… Il faut bien s’en occuper. Et si on les juge, certains seront condamnés à un an de prison. Après, je les relâche où ? Ce sont vos concitoyens, ils ont des passeports français. Il faut assumer. La Russie, elle, a repris presque tous ses prisonniers, y compris ceux qui ont combattu. »

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La fable que nous conte le ministre des affaires étrangères n’a qu’un seul objectif : se protéger de toute responsabilité judiciaire. La France a une parfaite maîtrise du sort de ses ressortissants majeurs et mineurs dans les camps du Kurdistan syrien. Elle a ainsi, par exemple, interdit aux Kurdes de laisser entrer des grands-parents français venus visiter leurs petits-enfants détenus dans le camp Roj. Elle a, plus récemment, fait obstacle à la décision des autorités locales kurdes de remettre en liberté une Française, sur le point d’accoucher, dont l’état de santé était particulièrement préoccupant. Tenter de faire porter la responsabilité de la mise en péril d’enfants français sur les autorités kurdes relève d’un cynisme effroyable.

Des enfants meurent par dizaines

Depuis deux années, nous relayons chaque semaine au Quai d’Orsay l’état de santé désastreux dans lequel se trouvent ces enfants sans obtenir de réponse, et M. Le Drian a toujours refusé de nous recevoir.

« La France est une nation qui n’abandonne jamais ses enfants, quelles que soient les circonstances et fût-ce à l’autre bout de la planète », affirmait Emmanuel Macron, dans son discours des Invalides, le 14 mai. Et ces mots résonnent jusqu’en Syrie, où périssent des enfants français. Dans le seul camp d’Al-Hol, dans le nord-est du pays, 390 enfants sont décédés de malnutrition, de déshydratation, de gangrène ou de manque de soins à la suite de leurs blessures. Ces enfants carencés et profondément traumatisés ont enduré des températures avoisinant les 50 degrés sous leurs tentes de fortune tout au long de l’été ; ils ne supporteront pas, dans quelques semaines, le froid hivernal syrien.

Le 16 septembre, Abou Bakr Al-Baghdadi a diffusé un message audio de trente minutes, dans lequel il appelle ses partisans à chercher les femmes et les enfants détenus dans ces camps. « Comment un musulman peut-il continuer de vivre alors que des femmes musulmanes croupissent dans les camps de la dispersion et les prisons de l’humiliation ? », a-t-il asséné à l’attention de ceux qui lui sont restés fidèles en Syrie.

Qu’attend la France pour rapatrier ces enfants et leurs mères ? Qu’ils soient récupérés par les combattants d’Abou Bakr Al-Baghdadi pour grossir les rangs affaiblis de l’organisation Etat islamique (EI) et transformer ces enfants français en enfants soldats ou martyrs ?

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Le 11 septembre, dans une lettre ouverte, une quinzaine d’anciens professionnels de l’antiterrorisme et de la sécurité intérieure aux Etats-Unis et au Royaume-uni, parmi lesquels Javed Ali (ancien directeur pour le contre-terrorisme du Conseil national de la sécurité des Etats-Unis) et Brett H. McGurk (ancien envoyé spécial de Donald Trump au sein de la coalition internationale contre l’EI), ont assuré que le choix de laisser les adultes et les enfants dans ces camps créait irrémédiablement les terroristes de demain, leurs conditions d’incarcération et leur mise en péril faisant d’eux des martyrs et nourrissant le récit salafiste et djihadiste. Et de conclure à l’attention des Etats concernés : « Ne répétez surtout pas les erreurs du passé et brisez le cycle de la violence. »

Marie Dosé, Henri Leclerc et Gérard Tcholakian sont avocats à la Cour. Ils représentent des familles de femmes et d’enfants de djihadistes français détenus en Syrie.

TÉMOIGNAGE – Une Nordiste dont la fille et les petits-enfants sont en Syrie lance « un SOS »

Cécile BidaultFrance Bleu Nord lundi 23 septembre 2019

Le gouvernement français se dit « intraitable » : il refuse de rapatrier les femmes françaises et leurs enfants qui se trouvent actuellement en Syrie. Depuis la France, une Boulonnaise se bat pour faire revenir sa fille et ses quatre petits-enfants, qui se trouvent dans le camp de Al-Hol.

Ce matin-là, Pascale vient d’avoir sa fille au téléphone. À 31 ans, la jeune femme est partie en Syrie il y a quatre ans, avec son compagnon, converti, comme elle, et radicalisé. Lui a été tué, elle a réussi à échapper aux bombardements, et se trouve depuis six mois au camp de Al-Hol, un camp de réfugiés, avec ses quatre enfants, âgés de 18 mois à 10 ans. Pascale ne donnera ni son nom de famille, ni le prénom de sa fille, pour éviter que celle-ci soit victime de représailles dans le camp.

Comme à chaque coup de fil, elle raconte : la promiscuité, l’absence d’hygiène, l’eau non potable qui rend malade adultes et enfants. Pascale se bat pour que sa fille et ses petits-enfants soient rapatriés. « Ça devient de la maltraitance sur des enfants qui n’ont rien fait, c’est inhumain« , estime la Boulonnaise, « il y a une urgence sanitaire majeure. Je lance un SOS, j’ai peur qu’il arrive malheur à mes petits-enfants« .

Le gouvernement « intraitable »

Mais le gouvernement n’a accepté de rapatrier que les enfants orphelins, qui étaient seuls dans ces camps de réfugiés. Ils sont 17 à être revenus en France depuis le printemps dernier. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, estime que les adultes sont des combattants partis faire le Djihad aux côtés de Daech, et qu’ils doivent donc être jugés sur place. Pour ces familles, tenir cette posture revient à ne pas porter secours à des enfants en danger, c’est pourquoi une dizaine d’entre elles ont porté plainte contre le ministre.

« Ce sont des enfants français, il faut les secourir »– Pascale

Pascale, elle, étudie la possibilité d’une plainte plus large. Ces quatre dernières années, elle a « tout fait. J’ai écrit à tous les ministres, à Monsieur Macron, aux Nations-Unies, au défenseur des droits. Mais aujourd’hui, on n’a plus le temps. Ce sont des enfants français, il faut les secourir. Il va y avoir un hiver rigoureux, j’ai peur qu’il arrive malheur à mes petits-enfants« .

Surtout des enfants en bas-âge

Pascale a du mal à comprendre les réticences de la France, et de l’opinion publique : « Certes, ces femmes sont du mauvais côté. Mais si elles doivent rendre des comptes et aller en prison, elles le feront. Il y a surtout des enfants en bas-âge, ce ne sont pas des bombes à retardement. Ils veulent juste vivre, ne plus entendre les bombardements, ce sont des éponges pour tout le bonheur qu’on a à leur offrir« .

Par Cécile BidaultFrance Bleu NordFrance Bleu

Témoignage d’une soeur

BFMTV

«  Elle veut rentrer, payer sa dette »: la sœur d’une femme de jihadiste retenue en Syrie demande son rapatriement en France

La soeur de Sabrina est partie en Syrie en 2014 avec son mari jihadiste. Aujourd’hui, elle se trouve avec son fils de 3 ans dans un camp géré par les Kurdes. 

En 2014, la sœur de Sabrina a suivi son mari parti faire le jihad en Syrie. Depuis, lui est mort au combat. Elle, détenue par les Kurdes avec son fils dans un camp au nord du pays, veut rentrer en France.

Sa sœur est parmi les dizaines de familles ayant porté plainte auprès de la Cour de Justice de la République (CJR) contre le ministre des Affaires étrangères pour « omission de porter secours ». Elles reprochent à Jean-Yves Le Drian, de manière « pesée, volontaire et intentionnelle », de refuser de rapatrier femmes et enfants de jihadistes.

« J’en ai beaucoup voulu à ma sœur », concède auprès de BFMTV Sabrina, qui aujourd’hui se bat pour la faire rentrer. « Maintenant je lui en veux beaucoup moins. Je sens chez elle beaucoup de remords, beaucoup de regrets, de la culpabilité. » « Pour l’instant, j’en veux au gouvernement », poursuit-elle, « parce qu’en fait, c’est le seul à pouvoir résoudre ce problème ». 

« Elle veut retrouver une vie normale »

« En fait, elle veut sauver son enfant, elle veut rentrer, payer sa dette et retrouver une vie normale », affirme Sabrina. Le garçon, 3 ans, vit avec elle dans le camp kurde. 

Sabrina parvient à échanger avec sa sœur par messages. Elle lui envoie des photos de ses conditions de vie, entre rats, scorpions et insectes, le tout au milieu des déchets. Même les produits de première nécessité sont difficiles d’accès. 

« Ma soeur me racontait que juste pour remplir quatre bidons d’eau dont elle a besoin dans la journée, il faut qu’elle s’y prenne à 6h du matin. Il faut qu’elle fasse une queue interminable de 3h pour arriver à remplir quatre bidons d’eau » , illustre sa parente. 

Cette dernière espère aujourd’hui être entendue. Le gouvernement « est le seul à pouvoir les sauver, les rapatrier », martèle-t-elle. Plus personnellement, confie-t-elle, « je veux retrouver ma sœur ». « C’est la seule famille qu’il me reste, donc oui je veux la retrouver », glisse Sabrina. 

« Les Kurdes n’ont de cesse d’exhorter les Etats à rapatrier leurs ressortissants »

Le Quai d’Orsay assure de son côté que sa « priorité » reste le retour des mineurs orphelins ou isolés, même s’il rappelle que ces territoires ne sont pas sous contrôle de la France mais sous celui des Forces démocratiques syriennes. 

« Depuis des mois, les Kurdes n’ont de cesse d’exhorter les Etats à prendre leurs responsabilités et à rapatrier leurs ressortissants », observent les familles dans leurs plaintes. Or, jusqu’ici, le gouvernement français n’a accepté de rapatrier des enfants de ces camps qu’au « cas par cas », déplorent-elles dans leur demande. 

Au début de l’année, les autorités françaises avaient préparé un plan de rapatriement global des jihadistes et de leurs familles, qui n’a toutefois jamais été mis en oeuvre, selon des documents révélés par Libération et consultés par l’AFP.

Le Défenseur des Droits Jacques Toubon a appelé de son côté la France à faire cesser les « traitements inhumains » subis par les enfants de jihadistes et leurs mères dans les camps en Syrie.

BFMTV Raphaël Maillochon et Pierre Corrieu avec Liv Audigane

Familles de jihadistes français retenus en Syrie : Jean-Yves Le Drian « sacrifie des enfants à l’aune d’un message politique »

Publié le 16 septembre 2019 sur « franceinfo »  

« Un enfant français est mort la semaine dernière. Il avait 12 ans. S’il avait été rapatrié, il serait aujourd’hui en France, il serait scolarisé en classe de 6ème. », dénonce l’avocate Marie Dosé, qui défend des familles de jihadistes français retenus en Syrie.

Une dizaine de familles de femmes et d’enfants de jihadistes français retenus dans des camps en Syrie ont porté plainte contre le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. Marie Dosé, qui défend certains des plaignants a accusé le ministre, lundi 16 septembre sur franceinfo, de « sacrifier des enfants » au profit de l’opinion publique. 

franceinfo : Êtes-vous décidée à utiliser tous les leviers juridiques pour rapatrier ces enfants ?

Marie Dosé : Oui, évidemment. Je ne peux pas imaginer que dans une société comme la nôtre, le droit ne soit pas un rempart contre le pire. Jean-Yves Le Drian, en refusant obstinément de porter secours à ces enfants se rend coupable d’une infraction pénale, et comme tout membre du gouvernement qui commet une infraction pénale dans le cadre de l’exercice de ses fonctions, il est passible d’être poursuivi par la cour de justice de la République. Donc, nous l’avons saisie. Jean-Yves Le Drian est celui, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, qui a le pouvoir de rapatrier ces enfants. C’est celui qui assume politiquement le fait de ne pas les rapatrier. C’est celui qui explique et qui décide que ce sera certains enfants et pas d’autres. (…) Jean-Yves Le Drian, en refusant de provoquer les secours, en refusant d’organiser le rapatriement de ces enfants, se rend coupable d’une infraction pénale.

Les reproches que vous faites à Jean-Yves Le Drian sont-ils aggravés après la mort de l’un de ces enfants ?

Un enfant français est mort la semaine dernière. Il avait 12 ans. S’il avait été rapatrié, il serait aujourd’hui en France, il serait scolarisé en classe de 6ème. Ce n’est pas moi qui explique que tous ces enfants doivent être rapatriés. L’Unicef, le haut responsable de l’Onu, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, le défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, tous, tous, ont appelé au rapatriement de ces enfants, ont appelé les États à prendre leurs responsabilités. Le ministre des Affaires étrangères refuse de les prendre, il sacrifie des enfants à l’aune d’un message politique qui est « nous écoutons une opinion publique qui refuse que ces enfants innocents soient rapatriés ». Je suis avocate, je ne peux pas entendre cela parce que, très sincèrement, si le droit n’empêche pas une politique d’aller jusque-là, d’aller jusqu’à sacrifier des enfants, je ne comprends pas très bien à quoi sert ma robe d’avocate.

Avez-vous encore espoir que le gouvernement adopte une politique globale pour ces enfants au lieu du cas par cas ?

J’ai de l’espoir et j’ai la volonté d’y parvenir. Je ne peux pas supporter l’idée que notre société ne se contente de ça et qu’elle accepte cela. Je ne peux pas supporter l’idée que notre société se dise « dix enfants ont été sauvés, il en reste plus d’une centaine et ce n’est pas grave, et c’est comme ça, ce qu’on a fait c’est déjà très bien ». Il ne suffit de rien pour les sauver. Il suffit juste de décider de leur rapatriement. Donc très simplement, je ne suis pas dans le registre de l’espoir, je suis dans le registre de la volonté. Je reste persuadée que notre société ne pourra pas à moyen et long terme accepter le pire qui est en train de se réaliser aujourd’hui. Nous sommes responsables, tous, de ce qui est en train de se passer.

Que ferez-vous si la cour de justice de la République décide de ne pas examiner votre requête ?

Nous avons le Comité international des droits de l’enfant qui est en train de l’examiner. Nous avons le Comité contre la torture des Nations unies qui l’examine. Nous avons la Cour européenne des droits de l’homme qui est saisie. Nous avons des magistrats instructeurs qui sont saisis. C’est une arme juridique et judiciaire parmi d’autres, et je continuerai à me battre sur le seul terrain qui est le mien, la justice.

Publié le 16 septembre 2019 sur « franceinfo »  


Des grands-parents d’enfants français retenus en Syrie portent plainte contre Jean-Yves Le Drian

Dix familles ont décidé de porter plainte pour « omission de porter secours » à des femmes de djihadistes et leurs enfants. Le sujet particulièrement sensible pour le gouvernement.

Par Allan Kaval journaliste du journal « Le Monde »

Les Lopez ont attendu tout l’été. « Nous pensions qu’ils allaient finalement les rapatrier, qu’ils ne les laisseraient pas sous la tente pendant les mois les plus chauds de l’année, dans ces conditions infâmes », se désole Mme Lopez dans le salon de leur appartement parisien. Leur belle-fille, qui a rejoint l’organisation Etat islamique (EI) avec son époux en 2015, est retenue depuis plus d’un an dans le camp de Roj, dans le nord-est de la Syrie, avec ses quatre fils âgés de 10 mois à 9 ans.

En juin, les Lopez, que Le Monde avait suivis dans leur périple, s’étaient rendus sur place dans l’espoir de les voir. Ils n’avaient pu obtenir qu’un moment volé de quelques secondes, quelques mots échangés et un baiser donné à travers le grillage métallique du camp, sous contrôle des forces kurdes. Ils estiment que les autorités françaises, avec lesquelles ces dernières sont en lien étroit, ont empêché la rencontre et sont responsables du calvaire de leurs petits-enfants.

Jeudi 12 septembre, ils ont décidé de déposer plainte pour « omission de porter secours » contre le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devant la Cour de justice de la République (CJR), compétente pour juger les ministres.

« On a vu dans quelle situation ils se trouvent, ce n’est pas humain, le gouvernement français les laisse pourrir là-bas », dénonce M. Lopez, qui parvient à obtenir des nouvelles régulières de sa belle-fille. La veille, le couple a appris la mort d’un enfant tunisien, victime d’une crise d’asthme, que les soignants du camp n’ont pas pu traiter. La semaine précédente, un de leurs petits-fils a subi une grave crise de dysenterie soignée avec les moyens du bord et dont ils estiment qu’elle aurait pu le tuer. « Cette plainte, c’est un appel au secours pour les enfants et, surtout, une réponse à l’obstination du gouvernement de maintenir ces mineurs dans ce qui est maintenant un camp de prisonniers pour enfants », explique M. Lopez.

« On se heurte à un mur »

Depuis l’arrivée de leur belle-fille et de leurs petits-enfants au camp, les Lopez ont eu des contacts réguliers avec l’administration française, sans qu’on leur formule jamais avec clarté la position de Paris à l’égard de la situation des mineurs français retenus en Syrie et de leur mère. « On se heurte à un mur depuis un an et demi quand on s’adresse aux autorités. On ne comprend vraiment pas ce qu’ils veulent faire de ces enfants qui sont perdus au milieu de nulle part, sans éducation, sans soins suffisants, sans sécurité », explique Mme Lopez.

La procédure est portée par leur avocate, MMarie Dosé, et rejoint une plainte collective pour le même chef, déposée par neuf autres familles se trouvant dans des situations comparables en juillet et portée également par MMarie Dosé, à qui s’est associé MHenri Leclerc. Un autre avocat, MGérard Tcholakian, qui défend une autre famille, a, lui aussi, effectué la même démarche devant la CJR. Cette juridiction, compétente pour juger des membres du gouvernement pour des crimes et délits commis dans le cadre de leurs fonctions, doit maintenant étudier la recevabilité des plaintes.

« Notre raisonnement juridique est simple. Ces enfants et leurs mères sont en danger, le gouvernement le sait et pourrait techniquement les rapatrier, mais il ne fait rien et assume politiquement ce choix. L’omission de porter secours est caractérisée », explique MMarie Dosé.

De fait, les camps de Roj, où les petits-enfants des Lopez sont retenus, et d’Al-Hol, où les conditions de vie sont encore plus mauvaises et où de nombreux Français séjournent, constituent des environnements dangereux. Les maladies y prolifèrent et des incendies se déclarent régulièrement. Par ailleurs, l’EI, par ses idées ou ses réseaux clandestins, regagne du terrain dans les camps en profitant du désespoir ambiant.

« Avec cette plainte, on monte en puissance »

Des orphelins français avaient été rapatriés au printemps par la France, ce qui, pour les avocats, démontre la capacité technique des autorités à porter assistance aux autres mineurs et à leur mère retenus dans les camps syriens et leur volonté délibérée de ne pas le faire. En juillet, Mes Dosé et Tcholakian avaient déjà porté plainte contre X pour séquestration et détention arbitraire pour ses clientes françaises en Syrie et leur famille. La Cour européenne des droits de l’homme avait également été saisie en mai. En février, avec les avocats Martin Pradel et William Bourdon, MDosé avait déposé une plainte contre la France auprès du comité des droits de l’enfant de l’Organisation des nations unies (ONU).

« Avec cette plainte, on monte en puissance. Cela peut paraître disproportionné, la CJR, mais c’est la seule option qu’on ait », explique MTcholakian. Cette démarche intervient dans un contexte où les admonestations contre la politique de Paris à l’égard des mineurs français retenus en Syrie se multiplient aux niveaux national et international. En France, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a appelé en mai le gouvernement à faire cesser « les traitements inhumains et dégradants subis par les enfants français et leur mère ». Le mois suivant, c’est la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, qui a appelé les pays d’origine à organiser le rapatriement de leurs ressortissants détenus ou retenus en Syrie.

Contacté par Le Monde, l’avocat de Jean-Yves Le Drian, Me Jean-Pierre Mignard, n’a pas souhaité s’exprimer. Le ministère français des affaires étrangères, également contacté, n’a pas donné suite.

Cour de justice de la République : beaucoup de plaintes, peu de procès

Emmanuel Macron a promis de supprimer la Cour de justice de la République (CJR), mais tant que la réforme constitutionnelle qu’il appelle de ses vœux n’est pas votée, cette juridiction spéciale continue de fonctionner. Jean-Jacques Urvoas, ex-ministre de la justice, comparaîtra d’ailleurs devant cette juridiction le 24 septembre pour « violation du secret professionnel ». 

Créée en 1993 pour succéder à la Haute Cour de justice afin de juger les ministres pour les crimes ou les délits commis dans l’exercice de leur fonction, la CJR est composée de six sénateurs, six députés et trois magistrats de la Cour de cassation. Les plaintes devant la CJR ne sont pas rares (environ 1 500 plaintes depuis sa création), mais peu débouchent sur un procès (sept ministres jugés). Une commission des requêtes juge de la recevabilité de la plainte tandis que le procureur général de la Cour de cassation, aujourd’hui François Molins, décide ensuite de l’opportunité de saisir la CJR. Une commission d’instruction est alors chargée d’instruire l’affaire afin de qualifier les infractions et de décider du renvoi éventuel du ministre devant la Cour.

Par Allan Kaval journaliste du journal « Le Monde » publié 16 septembre 2019

Témoignage d’une mère et grand mère

Ma fille est dans le camp de Al Hol, avec mes 4 petits enfants de 9,6,4 et 1 an, 3 sont nés en France au sein d’une famille aimante.

Les conditions de vie y sont extrêmement précaires, manque de tentes, certains ont dormis dehors à même le sol dans le froid, manque de sanitaires, ils sont obligés de faire leurs besoins naturels n’importe où, certains ne sont pas lavés depuis plusieurs mois, il y a un manque de nourriture, d’eau et surtout de soins médicaux, il y a des blessés, notamment des enfants. 

 Face à cette urgence sanitaire il y a peu d’ONG sur place. Pourquoi ?

Il y a une volonté de les couper du reste du monde, on les empêche de téléphoner à leurs familles.

Monsieur le Ministre de l’Intérieur estime qu’il ne lui appartient pas d’aller les chercher ; alors qui doit le faire ? Nous parents voulons bien prendre en charge les frais.

Ces femmes sont « détenues » par une entité non-étatique et non reconnue et qui de toutes façons a toujours affirmé qu’elle ne voulait pas les juger. Sans perspective de jugement, elles sont condamnées à l’exil. 

L’alternative Irakienne souvent évoquée et la pire des solutions, elle consisterait à livrer des ressortissants français à un pays étranger en les soustrayant à la justice française, alors que la plupart des adultes ont des mandats d’arrêts internationaux diligentés par des juges français. Ceci dans un pays ou la corruption est généralisée et qui, selon Amnesty Internationale, pratique la peine de mort et la torture (y compris sur des enfants). 

Donc la seule solution est de rapatrier les enfants et leurs mères.

Cette guerre contre daesch est finie en Syrie, elles sont coupables d’avoir rejoint cette idéologie jihadiste et doivent rendre des comptes à la France.

Il ne faut pas faire fi de l’emprise sectaire, ces gens ont été manipulés, endoctrinés et embrigadés par daesch sur notre territoire, nous parents n’avons pas réussi à faire face à ce phénomène, les plus grandes puissances mondiales non plus.

Nous sommes aussi « victimes » de l’IDÉOLIGIE de l’« État islamique », qui nous a volé nos enfants et causé de graves traumatismes dans nos familles. Nous avons le droit à la vérité sur ce mal qui tire une partie de ses origines en France  !

COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF DES FAMILLES UNIES SUR LE RAPATRIEMENT DES 12 ENFANTS FRANÇAIS DU KURDISTAN SYRIEN

Le « Collectif des Familles Unies » se réjouit de l’annonce du rapatriement de 12 enfants français de Syrie ce jour, décision pour laquelle nous militions depuis longtemps. 


Nous remercions le Gouvernement d’avoir permis ces retours en toute sécurité, qui nous prouve une fois de plus que rapatrier est possible.
L’intérêt supérieur de l’enfant doit être une priorité conformément à l’article 3 alinéa 1er de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.


Bien sûr c’est un soulagement de savoir ces 12 enfants à l’abri, malheureusement près de 200 enfants sont encore sur zone, parfois pas ou mal localisés, vulnérables et parmi eux d’autres orphelins, enfants qui ne sauraient subir de discrimination, qu’ils aient leurs parents vivants ou pas. De plus, aucun enfant n’est responsable pénalement d’une situation de guerre dont il se trouve otage.


Rappelons les récents propos du Défenseur des Droits, Monsieur Jacques Toubon, qui exhorte l’État français à adopter « toutes mesures effectives permettant de faire cesser les traitements inhumains et dégradants subis par les enfants français dans les camps sous le contrôle des forces démocratiques syriennes au nord de la Syrie » et « de faire cesser la détention arbitraire des enfants et de leurs mères ».


Le « Collectif des Familles Unies » conscient de l’urgence, continuera à se mobiliser pour les autres familles en attente de solutions justes, équitables et humaines pour les leurs, décisions que nous appelons de toutes nos forces à être respectueuses des droits, et non dépendantes de l’opinion publique qui influence malheureusement trop souvent le cours des décisions gouvernementales.


Les familles du « Collectif des Familles Unies » 
Paris, le 10 juin 2019

COMMUNIQUÉ DU COLLECTIF DES FAMILLES UNIES SUR LES CONDAMNATIONS À MORT DE RESSORTISSANTS FRANÇAIS EN IRAK

Trois ressortissants français ont été condamnés à mort par pendaison le dimanche 26 mai à Bagdad, en Irak. Un quatrième français a été condamné à mort le lendemain, deux autres le 28 mai.

Les procès ont eu lieu sans que les prévenus puissent avoir accès à leur avocat français, sans journaliste présent. L’avocat commis d’office par la justice irakienne n’a pas eu accès au dossier à l’avance, et n’a pas pu rencontrer ses clients. Les audiences n’ont pas duré plus d’un quart d’heure. L’avocat français d’un des prévenus avait reçu quelques jours auparavant l’assurance du Quai d’Orsay de favoriser son voyage à Bagdad pour avoir accès à la défense de son client. Il n’a pas pu se rendre sur place à temps, et de fait la défense de son client lui a été interdite.

Le Collectif des Familles unies condamne fermement ces parodies de justice, qui ne respectent aucune des règles du procès équitable : procédures expéditives, aucun accès au dossier pour les avocats ni possibilité de visiter les prévenus, aucun droit accordé à la défense, procès expédiés en un quart d’heure.

Les douze français qui passent en procès actuellement ont été transférés de Syrie en Irak à la mi-février. Tous ont été fait prisonniers en Syrie, et étaient incarcérés en Syrie depuis plusieurs mois. Leur transfert en Irak n’a pas pu se faire sans l’assentiment des autorités françaises : de ce fait les autorités françaises ont livré des ressortissants français à un pays pratiquant la peine de mort et où le droit à un procès équitable n’est pas respecté, alors que la France a ratifié de nombreux traités internationaux de protection des droits de l’Homme, dont certains l’engagent à promouvoir l’abolition de la peine de mort. La résolution 2396 adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU (décembre 2017) appelle les Etats à « veiller à ce que toute mesure prise pour lutter contre le terrorisme soit conforme à toutes leurs obligations au titre du droit international, en particulier le droit international  des droits de l’Homme. » En livrant des français à la mort, les autorités françaises vont à l’encontre de tous les principes qui régissent notre droit et le droit international.

Le Collectif des Familles Unies rappelle que la peine de mort est une abomination, qui n’existe plus dans notre pays depuis près de quarante ans, et que l’Union Européenne a bannie. Nous appelons solennellement le gouvernement français à tout faire pour arrêter ce funeste enchaînement de condamnations à mort, inédit dans notre histoire récente, même si l’on considère que c’est la décision d’autoriser ces transferts qui provoque cette situation qui met la France en contradiction avec ses principes abolitionnistes. Nous appelons le gouvernement français à bloquer toute velléité de nouveaux transferts de ressortissants français vers l’Irak.

L’un des arguments souvent employé pour justifier des procès « sur place » est qu’ils permettraient de connaître la vérité sur les exactions commises par l’Etat Islamique et de faire valoir le droit des victimes : force est de constater qu’aucune vérité ne sort de ces procès sans témoins expédiés à la va-vite, où même les actes d’accusation ne sont pas rendus publics, où aucune preuve n’est produite, où aucun témoin ne comparaît, où les aveux peuvent avoir été extorqués sous la torture, et où les droits de la défense sont inexistants. Seuls des procès équitables, respectant les normes internationales et européennes,  permettront de faire la lumière sur les crimes de l’Etat Islamique, et de prononcer des peines individualisées à l’encontre des personnes accusées. Les procès en Irak viennent de montrer leur vrai visage, malheureusement cautionné par nos autorités : non seulement ils sont des parodies de justice, contraires à tous nos principes de droit, mais ils nous plongent dans l’horreur d’un retour de la peine de mort. Pour le droit de connaître la vérité, pour le respect de nos principes, nous demandons au gouvernement français d’empêcher ce sinistre scénario d’exécutions capitales, et de juger les ressortissants français sur notre sol.

Le 28 mai 2019.

Les familles du  « Collectif des Familles Unies »

Retranscription de l’interview du 27/4/19 Émission de Patricia MARTIN – France Inter « La personnalité de la semaine » : Marie Dose, avocate pénaliste

 

– Patricia Martin : Au 6 mars dernier un plan de rapatriement français prévoyait le retour de 140 enfants et d’une centaine d’adultes qui sont confinés dans des camps du kurdistan syrien.  Le rapatriement a été stoppé,  on va voir pourquoi dans un instant. Vous vous apprêtez à le faire dans quelques jours, saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme après avoir déjà saisi le Comité International des Droits de l’Enfant des Nations Unies ainsi que le Comité International contre la torture ; est-ce à dire que l’Etat français est en la matière hors la loi ?

– Maître Marie Dosé : l’Etat français ne respecte pas ses engagements internationaux et européens.

– Patricia Martin  :  Puisqu’il est signataire effectivement 

- Maître Marie Dosé :Il viole délibérément les traités internationaux et les conventions européennes des Droits de l’Homme en exposant ses enfants, puisque ce sont ses enfants, à des traitements inhumains et dégradants 

– Patricia Martin  : D’ailleurs, je crois que le Ministre de l’Intérieur l’avait souligné avant d’être des djihadistes, ceux qui sont partis faire le djihad sont des français, sont nés en France.

– Maître Marie Dosé : Evidemment, de toute façon, ces enfants sont français qu’on le veuille ou non ils sont français, ils n’ont pas demandé à naître là-bas et ils n’ont pas demandé non plus pour certains à être emmenés là-bas. Ce qu’on leur fait payer là actuellement c’est la faute de leurs parents et c’est ça qui est absolument inaudible. Juste une chose, vous avez parlé tout à l’heure de ce plan de rapatriement, je rappelle tout de même qu’avant un certain sondage qui a mis à mal ce plan de rapatriement Edouard PHILIPPE déclarait exactement ce que nous déclarons, nous les avocats, depuis le début. Il indiquait en janvier, « est ce que l’on préfère qu’ils soient dispersés ? Qu’ils rejoignent les rangs de DAESH ? Ou qu’ils partent dans un autre pays pour continuer à fomenter de tels attentats ? » voilà la question qu’il posait en faveur du rapatriement. Et  Nicole BELLOUBET, Garde des Sceaux, indiquait le choix qui est celui du contrôle et donc du rapatriement, qui  est le choix judicieux. Tout ceci s’est écroulé parce qu’un sondage, un malheureux sondage, a mis en exergue le fait que la majorité des français serait contre.

– Patricia Martin  : L’opinion publique était contre ?

– Maître Marie Dosé : Voilà, mais l’opinion publique n’est pas renseignée, lorsque vous assénez pendant des années à une opinion publique désinformée que ces enfants sont des bombes à retardement, effectivement, lorsque vous tendez le micro aux français ils vont vous dire qu’ils ne veulent pas du rapatriement de bombes à retardement. La réalité c’est pas celle-là, la réalité c’est que ces enfants si on les laisse là-bas, ils deviendront des bombes à retardement et le risque qui est pris est prégnant  un peu plus chaque jour de les voir se transformer en bombes à retardement.

– Patricia Martin :Alors il y a essentiellement deux camps c’est ça ? Au kurdistan syrien ?

– Maître Marie Dosé : Oui le camp Al Hol et le camp Roj

– Patricia Martin : Et dans le camp de Al Hol, à la première quinzaine de mars, les chiffres parlent d’eux-mêmes, 123 enfants sont morts dont 20 % de nouveaux nés.

– Maître Marie Dosé : Exactement, le plus âgé d’entre eux avait 5 ans ; l’OMS dans son rapport du 11 avril 2019 a révélé que à Al Hol 249 personnes étaient décédées, les enfants des photos ont circulé, y a eu un reportage sur France Inter qui a été réalisé la semaine dernière, les enfants souffrent de diarrhées, de dysenterie généralisée, ils sont donc rachitiques, ils manquent de soins, ils manquent de nourriture, ils ont froid. On est ici à un point de non retour, à un point de rupture, et ce n’est pas moi qui le dit, c’est le directeur international du Comité International de la Croix-Rouge 

– Patricia Martin :Oui c’est ça qui a crié un cri d’alarme qui est assez rare, non ?

– Maître Marie Dosé : Ce qui est rarissime, généralement vous savez les organisations humanitaires restent discrètes, mais là vous avez effectivement le Comité International de la Croix-Rouge qui est intervenu et également le coordinateur régional de l’ONU pour la Syrie qui, dans un discours très offensif cette semaine a appelé les États à prendre leurs responsabilités .

– Patricia Martin : Au 6 mars dernier un plan de rapatriement français prévoyait le retour de 140 enfants et d’une centaine d’adultes qui sont confinés dans des camps du kurdistan syrien.  Le rapatriement a été stoppé,  on va voir pourquoi dans un instant. Vous vous apprêtez à le faire dans quelques jours, saisir la Cour Européenne des Droits de l’Homme après avoir déjà saisi le Comité International des Droits de l’Enfant des Nations Unies ainsi que le Comité International contre la torture ; est-ce à dire que l’Etat français est en la matière hors la loi ?

– Maître Marie Dosé : l’Etat français ne respecte pas ses engagements internationaux et européens.

– Patricia Martin  : Puisqu’il est signataire effectivement 

– Maître Marie Dosé : Il viole délibérément les traités internationaux et les conventions européennes des Droits de l’Homme en exposant ses enfants, puisque ce sont ses enfants, à des traitements inhumains et dégradants .

– Patricia Martin  : D’ailleurs, je crois que le Ministre de l’Intérieur l’avait souligné avant d’être des djihadistes, ceux qui sont partis faire le djihad sont des français, sont nés en France.

– Maître Marie Dosé : Evidemment, de toute façon, ces enfants sont français qu’on le veuille ou non ils sont français, ils n’ont pas demandé à naître là-bas et ils n’ont pas demandé non plus pour certains à être emmenés là-bas. Ce qu’on leur fait payer là actuellement c’est la faute de leurs parents et c’est ça qui est absolument inaudible. Juste une chose, vous avez parlé tout à l’heure de ce plan de rapatriement, je rappelle tout de même qu’avant un certain sondage qui a mis à mal ce plan de rapatriement Edouard PHILIPPE déclarait exactement ce que nous déclarons, nous les avocats, depuis le début. Il indiquait en janvier, « est ce que l’on préfère qu’ils soient dispersés ? Qu’ils rejoignent les rangs de DAESH ? Ou qu’ils partent dans un autre pays pour continuer à fomenter de tels attentats ? » voilà la question qu’il posait en faveur du rapatriement. Et  Nicole BELLOUBET, Garde des Sceaux, indiquait le choix qui est celui du contrôle et donc du rapatriement, qui  est le choix judicieux. Tout ceci s’est écroulé parce qu’un sondage, un malheureux sondage, a mis en exergue le fait que la majorité des français serait contre.

– Patricia Martin  : L’opinion publique était contre ?

– Maître Marie Dosé : Voilà, mais l’opinion publique n’est pas renseignée, lorsque vous assénez pendant des années à une opinion publique désinformée que ces enfants sont des bombes à retardement, effectivement, lorsque vous tendez le micro aux français ils vont vous dire qu’ils ne veulent pas du rapatriement de bombes à retardement. La réalité c’est pas celle-là, la réalité c’est que ces enfants si on les laisse là-bas, ils deviendront des bombes à retardement et le risque qui est pris est prégnant  un peu plus chaque jour de les voir se transformer en bombes à retardement.

– Patricia Martin : Alors il y a essentiellement deux camps c’est ça ? Au kurdistan syrien ?

– Maître Marie Dosé : Oui le camp Al Hol et le camp Roj

– Patricia Martin : Et dans le camp de Al Hol, à la première quinzaine de mars, les chiffres parlent d’eux-mêmes, 123 enfants sont morts dont 20 % de nouveau-nés.

– Maître Marie Dosé : Exactement, le plus âgé d’entre eux avait 5 ans ; l’OMS dans son rapport du 11 avril 2019 a révélé que à Al Hol 249 personnes étaient décédées, les enfants des photos ont circulé, y a eu un reportage sur France Inter qui a été réalisé la semaine dernière, les enfants souffrent de diarrhées, de dysenterie généralisée, ils sont donc rachitiques, ils manquent de soins, ils manquent de nourriture, ils ont froid. On est ici à un point de non retour, à un point de rupture, et ce n’est pas moi qui le dit, c’est le directeur international du Comité International de la Croix-Rouge

– Patricia Martin:Oui c’est ça qui a crié un cri d’alarme qui est assez rare, non ?

– Maître Marie Dosé : Ce qui est rarissime, généralement vous savez les organisations humanitaires restent discrètes, mais là vous avez effectivement le « Comité International de la Croix-Rouge » qui est intervenu et également le coordinateur régional de l’ONU pour la Syrie qui, dans un discours très offensif cette semaine a appelé les États à prendre leurs responsabilités. 

– Patricia Martin : Alors justement qu’est ce que vous répondez Maître Marie Dosé à ceux qui disent «  ben c’est pas  à nous de nous en occuper, c’est à la justice kurde »  -comme s’il y avait la possibilité d’une justice kurde – «  ou à justice anti terroriste irakienne »

– Maître Marie Dosé : Alors d’abord les enfants, on ne  les juge pas, on les protège, on les sauve, les enfants doivent être sauvés avec leurs mères lorsque les mères veulent rentrer en France et veulent être judiciarisées en France ; et puis, certains enfants doivent être sauvés de leurs mères, mais les enfants on ne les juge pas.  On a été capable d’adopter des enfants de nos ennemis en 1945, ces enfants qui étaient dans des orphelinats, des orphelinats allemands qui étaient là pour perpétuer et améliorer la race arienne, ces enfants là qui étaient les enfants de ceux qui avaient tués nos pères, nos frères on les a adoptés, nous les français.  Et aujourd’hui on est en train de se poser la question : qui va juger des gosses de 2 mois, trois mois, 6 mois, 1 an…? Ces enfants au trois quart ont moins de 6 ans ! Je le rappelle, ont moins de 6 ans. Sur les femmes, il faut les rapatrier pourquoi?

– Maître Marie Dosé : Evidement !

– Patricia Martin  : Même celles qui ne sont pas d’accord ?

– Patricia Martin  ce ne sont pas juste des femmes, ce sont des femmes de djihadistes,  lesquels sont quelque fois en prison ou morts c’est ça ?

 – Maître Marie Dosé : Exactement tout à fait. A Al Hol plus de 90 % des détenus qui sont 74 000 aujourd’hui sont des femmes et des enfants, d’accord. Les hommes, les combattants, sont en prison, soit au kurdistan syrien soit en Irak. Elles, elles sont détenues par les kurdes au kurdistan syrien. Elles ne peuvent pas être judiciarisées au kurdistan syrien puisque le kurdistan syrien ça n’existe pas. La justice kurde n’existe pas, donc à partir de là elles font toutes l’objet d’un mandat d’arrêt international en France. Les juges anti terroristes les attendent, ils ont tous une information judiciaire les concernant, c’est-à-dire que les femmes ne sont judiciarisées que dans un seul pays, en France. Au kurdistan syrien elles sont sans droit ni titre.

– Patricia Martin  : Et c’est une bombe à retardement ça il faut bien le redire, c’est-à-dire que si on ne le fait pas, si on ne les rapatrie pas qu’est ce qui peut se passer ?

 Maître Marie Dosé : Vous savez dans ces camps maintenant il y a deux camps. Il y a celles qui disent : «  on a fait n’importe quoi, on veut rentrer, on va purger notre peine en France, on va sauver nos enfants et on va assumer nos actes » . Et puis y a celles qui disent «  eh ben nous on va continuer »  et celles qui disent «  on va continuer » ,  qui sont sous l’emprise de cette idéologie mortifère et qui ne veulent pas démordre, sont en train de menacer les autres, sont en train de les empêcher de parler et celles-ci là, effectivement sont dangereuses;  et c’est parce qu’elles sont dangereuses qui faut les rapatrier. Attendez, il le dit très bien Edouard Philippe avant ce sondage. Est-ce que l’on préfère qu’ils rejoignent les rangs de DAESH  pour continuer à fomenter de tels attentats. En les laissant là-bas on fabrique sur mesure du terrorisme.

– Patricia Martin C’est inédit Maître Marie Dosé pour un avocat de travailler de la sorte, parce qu’on se dit comment d’abord êtes vous entrée en contact avec ces femmes et quelques fois ces enfants qui sont assez grands pour vous parler ?

 Maître Marie Dosé : Je défends des familles, les grands parents, les oncles, les tantes qui sont venus me voir en me disant : mes petits enfants, mon neveu, ma nièce sont détenus là-bas, aidez-nous à obtenir leur rapatriement ; donc, ce sont ces familles françaises que je défends, et oui c’est inédit. C’est inédit parce que je n’ai pas de contact direct, ou c’est extrêmement difficile avec ces femmes.

– Patricia Martin  : Vous avez ces femmes par téléphone, ou par WhatsApp ?

– Maître Marie Dosé : Oui mais c’est très très compliqué ;  de plus en plus, elles  sont surveillées, elles ont peur, elles ont surtout peur de ce qu’elles peuvent être amenées à dire ; donc je suis surtout en lien moi avec ces familles qui sont en souffrance depuis des années parce qu’elles savent que leurs enfants sont exposés à un risque de mort.

– Patricia Martin Si ces enfants et ces femmes sont rapatriées, évidemment y aura un procès pour ces femmes, elles iront probablement en prison et les enfants iront à l’aide sociale à l’enfance. 

– Maître Marie Dosé : Certainement, elles iront assurément en prison et les enfants seront dans un premier temps placés à l’aide sociale à l’enfance puis confié à leurs grands-parents, oncles et tantes Patricia Martin : Alors justement qu’est-ce que vous répondez Maître Marie Dosé à ceux qui disent «  ben ce n’est pas  à nous de nous en occuper, c’est à la justice kurde »  -comme s’il y avait la possibilité d’une justice kurde -« ou à justice anti terroriste irakienne ».  

 Alors d’abord les enfants, on ne  les juge pas, on les protège, on les sauve, les enfants doivent être sauvés avec leurs mères lorsque les mères veulent rentrer en France et veulent être judiciarisées en France ; et puis, certains enfants doivent être sauvés de leurs mères, mais les enfants on ne les juge pas.  On a été capable d’adopter des enfants de nos ennemis en 1945, ces enfants qui étaient dans des orphelinats, des orphelinats allemands qui étaient là pour perpétuer et améliorer la race arienne, ces enfants là qui étaient les enfants de ceux qui avaient tués nos pères, nos frères on les a adoptés, nous les français.  Et aujourd’hui on est en train de se poser la question : qui va juger des gosses de 2 mois, trois mois, 6 mois, 1 an…? Ces enfants au trois quart ont moins de 6 ans ! Je le rappelle, ont moins de 6 ans. Sur les femmes, il faut les rapatrier pourquoi?

– Patricia Martin  : Même celles qui ne sont pas d’accord ?

– Maître Marie Dosé : Evidement !

– Patricia Martin  : Y’a celles qui sont d’accord et celles qui ne le sont pas.

– Maître Marie Dosé : Alors celles qui sont d’accord, elles le sont parfois depuis plus d’un an et elles veulent rentrer pour être judiciarisées 

– Patricia Martin  Ce ne sont pas juste des femmes, ce sont des femmes de djihadistes,  lesquels sont quelque fois en prison ou morts c’est ça ?

– Maître Marie Dosé : Exactement tout à fait. A Al Hol plus de 90 % des détenus qui sont 74 000 aujourd’hui sont des femmes et des enfants, d’accord. Les hommes, les combattants, sont en prison, soit au kurdistan syrien soit en Irak. Elles, elles sont détenues par les kurdes au kurdistan syrien. Elles ne peuvent pas être judiciarisées au kurdistan syrien puisque le kurdistan syrien ça n’existe pas. La justice kurde n’existe pas, donc à partir de là elles font toutes l’objet d’un mandat d’arrêt international en France. Les juges anti terroristes les attendent, ils ont tous une information judiciaire les concernant, c’est-à-dire que les femmes ne sont judiciarisées que dans un seul pays, en France. Au kurdistan syrien elles sont sans droit ni titre.

– Patricia Martin  : Et c’est une bombe à retardement ça il faut bien le redire, c’est-à-dire que si on ne le fait pas, si on ne les rapatrie pas qu’est ce qui peut se passer ?

– Maître Marie Dosé : Vous savez dans ces camps maintenant il y a deux camps. Il y a celles qui disent : « on a fait n’importe quoi, on veut rentrer, on va purger notre peine en France, on va sauver nos enfants et on va assumer nos actes ». Et puis y a celles qui disent « eh ben… nous on va continuer » et celles qui disent « on va continuer », qui sont sous l’emprise de cette idéologie mortifère et qui ne veulent pas démordre, sont en train de menacer les autres, sont en train de les empêcher de parler et celles-ci là, effectivement sont dangereuses ; et c’est parce qu’elles sont dangereuses qu’il faut les rapatrier. Attendez, il le dit très bien Édouard Philippe avant ce sondage. Est-ce que l’on préfère qu’ils rejoignent les rangs de DAESH pour continuer à fomenter de tels attentats. En les laissant là-bas on fabrique sur mesure du terrorisme.

– Patricia Martin C’est inédit Maître Marie Dosé pour un avocat de travailler de la sorte, parce qu’on se dit comment d’abord êtes vous entrée en contact avec ces femmes et quelques fois ces enfants qui sont assez grands pour vous parler ?

– Maître Marie Dosé : Je défends des familles, les grands parents, les oncles, les tantes qui sont venus me voir en me disant : mes petits enfants, mon neveu, ma nièce sont détenus là-bas, aidez-nous à obtenir leur rapatriement ; donc, ce sont ces familles françaises que je défends, et oui c’est inédit. C’est inédit parce que je n’ai pas de contact direct, ou c’est extrêmement difficile avec ces femmes.

– Patricia Martin  : Vous avez ces femmes par téléphone, ou par whatsApp ?

– Maître Marie Dosé : Oui mais c’est très très compliqué ;  de plus en plus, elles  sont surveillées, elles ont peur, elles ont surtout peur de ce qu’elles peuvent être amenées à dire ; donc je suis surtout en lien moi avec ces familles qui sont en souffrance depuis des années parce qu’elles savent que leurs enfants sont exposés à un risque de mort.

– Patricia Martin Si ces enfants et ces femmes sont rapatriées, évidemment y aura un procès pour ces femmes, elles iront probablement en prison et les enfants iront à l’aide sociale à l’enfance.

– Maître Marie Dosé : Certainement, elles iront assurément en prison et les enfants seront dans un premier temps placés à l’aide sociale à l’enfance puis confié à leur grand parents, oncle et tante. 

 France Inter le 27 Avril 2019

COMMUNIQUE DE PRESSE Vendredi 5 Avril 2019

Rapatriement des enfants et des mères détenus au Kurdistan syrien

Nous constatons, à la lecture du journal Libération de ce jour, que tout était prêt : la France avait fait le choix de prendre ses responsabilités en rapatriant tous les enfants et leurs mères détenus dans les camps du Kurdistan syrien.Pour des raisons humanitaires certes, mais aussi pour des raisons de sécurité.

Parce que, comme l’ont affirmé la Garde des Sceaux et le Ministre de l’Intérieur, la France a le devoir de choisir le contrôle et donc le rapatriement pour éviter que ses ressortissants français ne se dispersent, ne rejoignent les rangs d’organisations terroristes, et ne partent dans d’autres pays pour continuer à fomenter des actes terroristes visant la France, notamment .

Nous constatons, à la lecture du journal Libération de ce jour, que la France a renoncé à prendre ses responsabilités pour satisfaire une opinion publique mal informée, sacrifiant ainsi la vie d’enfants innocents et un impératif de sécurité qui concerne chaque citoyen français.

En refusant de rapatrier ses enfants et leurs mères, la France fabrique sur mesure du terrorisme. « On aurait pu attendre du pouvoir politique qu’il prenne ses responsabilités et montre un peu de courage » regrette le président du Centre d’analyse du terrorisme Jean-Charles Brisard : il n’est cependant jamais trop tard .

La situation ne cesse de se dégrader sur tous les plans dans les camps du Kurdistan syrien. Sur un plan humanitaire, les enfants ont faim, sont malades, désœuvrés, traumatisés, laissés à l’abandon, et sont tous exposés à un risque de mort. Sur un plan sécuritaire, les détenues les plus radicalisées réussissent un peu plus chaque jour à gagner du terrain en imposant leur idéologie mortifère et en faisant régner la terreur. L’inertie française participe à la reconstruction d’un terreau terroriste dans ces camps.

Parce qu’il s’agit de nos enfants et de notre sécurité, la France avait fait le bon choix , avant de reculer . Tout était prêt, tout reste prêt. Il n’est plus temps de tergiverser .

Marie Dosé & Martin Pradel, avocats