Émission de RFI sur la situation des enfants français et leurs mères détenus dans les camps syriens avec la participation d’Edith Bouvier et Marie Dosé

RFI le 7 juin 2022 par : Amélie Beaucour

Enfants français toujours bloqués dans des camps de déplacés du nord-est de la Syrie. © REUTERS/Ali Hashisho

Audio 48:30 disponible sur le site de RFI

Depuis la chute du «califat» autoproclamé du groupe État islamique en mars 2019, le sort de centaines de femmes, qui avaient rejoint l’organisation, et de leurs enfants reste en suspens

Environ 200 enfants français et entre 80 et 100 femmes adultes sont encore détenus dans les camps de Roj et de Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, gérés par les autorités kurdes. Des camps dont les conditions sanitaires et sécuritaires sont fortement mises en cause. À l’inverse de certains de ses voisins comme l’Allemagne ou la Suède qui ont rapatriés des mères et leurs enfants, la France refuse le retour des adultes au motif qu’ils devraient être jugés sur place. Privés de droits, de conditions de vie décentes, quel avenir pour les femmes et enfants de djihadistes ?  

Avec

– Edith Bouvier, journaliste, co-autrice avec Céline Martelet du livre Le cercle de la terreur – Sommes-nous en train de fabriquer les terroristes de demain ? (Plon, 2022)

– Marie Dose, avocate au Barreau de Paris, avocate du collectif Familles Unies, qui rassemble des parents et des grands-parents d’enfants français toujours en Syrie ou en Irak. 

Carole Delga et Nicolas Mayer-Rossignol : « Nous ne pouvons pas détourner notre regard du sort des enfants français retenus en Syrie »

Tribune du 2 juin 2022

L’abandon des enfants (de djihadistes) français dans les camps syriens ne pourra provoquer que de la rancœur et du ressentiment de leur part, soulignent, dans une tribune au « Monde », la présidente (PS) de la région Occitanie et le maire (PS) de Rouen.

e 20 avril au soir, lors du débat de l’entre-deux tours, le président candidat Emmanuel Macron faisait le choix de réserver sa conclusion à « la protection de l’enfance qui sera au cœur des cinq années qui viennent », grande cause du nouveau mandat. Or, à 4 000 kilomètres de Paris, environ 200 enfants français, dont les deux tiers ont moins de 6 ans, se trouvent retenus dans l’enfer des camps du nord-est de la Syrie.

Ils sont là depuis trois, quatre ou même cinq ans. Certains sont orphelins et livrés à eux-mêmes. D’autres vivent avec leur mère. Beaucoup y sont nés, coincés entre barbelés et gardes armés. Tous vivent dans des conditions désastreuses, cernés par la maladie, privés de soins, de nourriture, d’enseignement.

Tous sont victimes. Victimes du choix de leurs parents djihadistes, d’abord. Victimes de la guerre, ensuite. Une guerre qui a servi de sombre cadre de vie à leurs jeunes années et dont l’ombre s’étend encore sur leur enfance. Victimes à venir, enfin, d’un possible abandon de leur pays, la France, qui préférerait les oublier, les effacer, plutôt que de les recueillir, les protéger, les réparer. Pour eux, c’est la triple peine.

Comme l’ont dénoncé Bernard Cazeneuve et François Zimeray dans une tribune au Monde, le 11 janvier 2022, nous pouvons bien sûr continuer à regarder ailleurs, jusqu’à en oublier leur existence, et les ranger « dans l’angle mort de nos consciences ». Nous ne nous y résolvons pas. Comme tant d’autres élus, avocats, médecins, humanitaires, militants, citoyens, il nous est impossible de regarder ailleurs. Comme ces proches de victimes des attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait savoir avec force leur soutien au rapatriement de ces enfants.

On ne peut pas détourner le regard. S’ils survivent, ils grandiront. Qui leur expliquera alors que leur patrie ne les a pas jugés dignes d’être accueillis, car « mal nés » ou « trop loin » d’elle ? Qui leur dira que leurs vies avaient peu ou moins de valeur et qu’on leur a reproché des crimes qu’ils n’avaient pas commis ? Quel rapport intime avec la France germera de ce rejet ?

Abandon lâche

Nous sommes en train de fabriquer, par couardise ou par indifférence, tout ce contre quoi nous voulons lutter. De cet abandon lâche et inhumain ne naîtront que rancœur et ressentiment. En voulant protéger la France de la menace terroriste – combat ô combien légitime et nécessaire –, nous créons, au contraire, les conditions de la naissance d’une haine profonde contre un pays qui n’a pas su aimer suffisamment et équitablement tous ses enfants. C’est également l’analyse partagée par le coordonnateur du pôle antiterroriste français, David De Pas.

Nous n’ignorons évidemment pas les problématiques sociales ou de sécurité publique que cela soulève. Nous savons que se pose la question du rapatriement de leurs mères qui, elles, ont fait le choix de la folie idéologique et doivent donc être jugées. Mais des solutions existent pour ces enfants. Il n’est pas trop tard. Leur reconstruction est possible. Ils doivent être suivis, accompagnés, rassurés, éduqués. Ils doivent intégrer la communauté nationale, la promesse républicaine et comprendre leur histoire.

La Belgique, la Finlande, l’Allemagne ou encore le Danemark ont déjà fait le choix du rapatriement de leurs ressortissants. Aussi nous soutenons l’appel lancé cette semaine par les ONG et associations de défense des droits de l’homme et exhortons le nouveau gouvernement et sa première ministre à faire le choix du courage, à faire le choix de « la protection de l’enfance »promise par le président de la République.

Ce n’est ni une lutte entre le bien et le mal, ni un retour de l’éternel débat entre la morale et le droit. Nous parlons d’humanité. Nous parlons ici d’enfants, de nos enfants à tous.

« Sortez nos enfants de ces camps de la mort lente » : un grand-père demande à la France de rapatrier sa petite-fille orpheline

franceinfo par Gaële Joly le 02 juin 2022

Sarah, orpheline de jihadistes français, depuis mars 2019, aujourd’hui retenue en Syrie, sur une photo de famille confiée par son grand-père. (DOCUMENT FRANCEINFO)

Sa petite fille orpheline est enfermée depuis trois ans dans le camp de Roj, au nord-est de la Syrie. Son grand-père, agriculteur, vient d’adresser une lettre à la nouvelle ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna, pour demander son rapatriement.

Sarah n’avait que 10 ans quand ses parents ont quitté la région de Roanne (Loire) pour l’emmener en Syrie, à l’automne 2013. Six ans plus tard, son père, puis sa mère et ses six frères sont tués sous ses yeux à Baghouz, lors de la chute de l’Etat Islamique. Gravement blessée à la tête et au visage par un éclat d’obus, Sarah doit se débrouiller seule dans le camp de Al-Hol, puis de Roj, au nord-est de la Syrie. Détenue par les Kurdes, elle y est aujourd’hui toujours enfermée et livrée à elle-même. Mais depuis quelques mois, Sarah est majeure, elle vient d’avoir 18 ans, elle est donc considérée comme un cas non-prioritaire par les autorités françaises.

Pourtant, son grand-père, Jean-Marc, un agriculteur, se bat depuis plusieurs années pour la faire rentrer. Il écrit aujourd’hui à la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna. « Serez-vous la ministre qui rendra un peu de crédibilité à la ‘patrie des droits de l’homme’, droits si souvent mis en avant par nos gouvernants dans les relations internationales mais vides de sens car bafoués par ces derniers ? », s’interroge-t-il. 

Jean-Marc dénonce « le mépris » avec lequel sa démarche a été accueillie par Jean-Yves Le Drian, l’ex-ministre des Affaires étrangères, « tout comme celle de ces dizaines de familles françaises dans la même situation ». Il conteste la politique de la France, qui maintient une politique décriée de retour au compte-goutte, avec seulement une trentaine d’enfants français rapatriésJean-Marc poursuit : « Les arguments de votre prédécesseurcontre ces rapatriements sont maintenant reconnus infondés. Faut-il finir par penser que c’est par une volonté délibérée que le pouvoir, pour quelque obscure motivation stratégique, entretient une réserve de forces pour Daech dans ces camps syriens ?

« Nos enfants n’ont pas choisi ce bannissement »

Toutes les précédentes demandes de rapatriement de Sarah ont été faites alors qu’elle était encore mineure, comme dans ce courrier adressé au Quai d’Orsay, daté du 8 novembre 2019 et que franceinfo a pu consulter. Son grand-père écrivait : « Sarah est Française, née en France, mineure et orpheline. Elle souhaite de tout son cœur retrouver une vie normale mais le gouvernement fait barrière (…) Vous avez le pouvoir, monsieur Le Drian, de sauver ces enfants si une once d’humanité existe en vous ! »

Dans la lettre qu’il adresse aujourd’hui à Catherine Colonna, le grand-père de Sarah insiste : « Nous voudrions encore croire que nous vivons dans un État qui se préoccupe de ses citoyens plus que de vendre des armes à des régimes qui n’ont que faire des droits de l’homme, des enfants, des femmes. (…) Madame la ministre, sortez nos enfants de ces camps de la mort lente ; ils n’ont pas choisi ce bannissement ; les parents survivants ont droit à être jugés, entendus par notre justice et non hypocritement lynchés, afin de comprendre comment, pourquoi, de jeunes français de tous milieux sociaux ont pu être happés par cette idéologie, ceci pour prévenir ces radicalisations toujours à l’œuvre dans la cité (au sens latin du terme). » Et il conclut : « Madame la ministre, ramenez-les nous ! Vivants ! » 

D’après les dernières nouvelles, Sarah garde espoir. « Il ne faut pas que je pense à ce que j’ai vécu, il faut que je tourne la page et la vie continue », dit-elle, résiliante.

Nouvel appel au rapatriement des enfants français détenus en Syrie

LE TÉLÉPHONE SONNE (france-inter du25 mai 2022)

Pourquoi la France est-elle le seul pays à ne pas rapatrier les enfants de djihadistes français depuis la Syrie ? Des familles, des associations, des avocats interpellent à nouveau Emmanuel Macron pour rapatrier ces enfants français. 

Nouvel appel au rapatriement des enfants français détenus en Syrie. Ici un enfant au camp Roj, nord-est de la Syrie © AFP / DELIL SOULEIMAN

200 enfants français et leurs mères vivent encore dans des camps de rétention en Syrie. Certains y sont nés, d’autres sont arrivés très jeunes. 90% d’entre eux ont moins de 12 ans. Ils y vivent depuis des années, sans hygiène, sans nourriture suffisante, sans médecins, sans école… La France demeure le seul pays européen à refuser de rapatrier les enfants de femmes djihadistes, coincés dans les prisons syriennes.

Leurs familles réclament depuis des années leur rapatriement, n’ayant obtenu pour l’instant le retour d’une dizaine d’enfants seulement. Ils sont soutenus par des associations et avocats spécialisés sur le sujet, qui militent auprès de l’Etat français. Ils repartent à la charge pour que le second mandat d’Emmanuel Macron soit celui du retour de ces enfants ; cette fois-ci épaulés par des associations de victimes d’attentats.

Avec nous pour en parler ce soir :

Marie Dosé Avocate du collectif Familles Unies

Arthur Dénouveaux Rescapé du Bataclan, président de l’association de victimes Life for Paris

Sophie Parmentier Journaliste spécialiste Justice à France Inter

Marc, grand-père de quatre enfants détenus dans un camp syrien

Des associations de victimes du terrorisme plaident pour un rapatriement des enfants français détenus en Syrie

13onze15 et la Fenvac appuient la demande de rapatrier les quelque 200 enfants français et leurs mères suspectées de djihadisme détenus dans des camps administrés par les forces kurdes.

Des enfants de toutes nationalités (dont des français) jouent ensemble dans le camp de Roj 2, Kurdistan syrien, le 10 aout 2021.  LAURENCE GEAI POUR « LE MONDE »

Même président, nouveau gouvernement. La politique de non-rapatriement des 200 enfants français et de leurs mères, détenus dans des camps du nord-est de la Syrie sous le contrôle des forces autonomistes kurdes, se poursuivra-t-elle pendant le second quinquennat d’Emmanuel Macron ? Le Collectif des familles unies, qui rassemble les proches et les familles de ces femmes et enfants, a tenu à se rappeler au souvenir du président de la République en organisant, avec le soutien de plusieurs ONG (Amnesty International, la FIDH, la Ligue des droits de l’homme, Human Rights Watch) et associations, une conférence de presse lundi 23 mai à Paris. Parmi ces soutiens, l’association 13onze15, fondée par des proches et victimes des attentats du 13 novembre 2015, et la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac) se sont associés à la démarche du Collectif des familles unies.

Sa volonté est clairement de mettre la pression sur les autorités françaises afin d’obtenir un rapatriement des 200 enfants et de la centaine de femmes détenus en Syrie en raison de leur séjour auprès de l’organisation Etat islamique (EI) jusqu’à la chute de son dernier bastion, en mars 2019 à Baghouz. La demande a toujours fait l’objet d’une fin de non-recevoir de la part de l’exécutif. La position officielle reste une politique de rapatriement « au cas par cas » réservée aux orphelins.

Dans les faits, 35 enfants ont été rapatriés en trois ans, dont une moitié d’orphelins seulement. Ceux ayant une mère ont été séparés de cette dernière, qui a dû signer à la va-vite une renonciation à ses droits parentaux. La dernière opération de rapatriement a eu lieu en janvier 2021, il y a seize mois. Depuis, plus rien, alors que huit opérations de rapatriement organisées par des pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, etc.) ont eu lieu depuis janvier.

« Prévention de la radicalisation »

Une mère est décédée en décembre 2021 des suites d’une longue maladie et dans des conditions épouvantables, laissant une enfant de 6 ans orpheline. Les enfants, dont 90 % ont moins de 12 ans et la moitié moins de 7 ans, grandissent dans le camp de toile de Roj, une prison à ciel ouvert, sans accès à l’éducation, à la santé ou à l’hygiène, sans manger assez, sans pouvoir se laver régulièrement et sans aucune occupation. Bénédicte Jeannerod, de Human Rights Watch, a souligné les violences et les abus sexuels auxquels sont exposés ces enfants comme leurs mères, dont certaines ont été détenues dans une prison et séparées de leurs enfants pour avoir manifesté contre leur sort. Dans d’autres cas, les enfants ont été détenus avec leurs mères.

François Zimeray, ancien ambassadeur aux droits de l’homme sous Nicolas Sarkozy puis ambassadeur de France au Danemark sous François Hollande, est venu apporter son soutien à la demande de rapatriement, en soulignant les contradictions de l’Etat français, qui a fait de la protection des enfants dans les conflits armés une priorité de sa diplomatie. Sauf pour ce cas qui la concerne directement. Il y va, pour lui, de « la crédibilité de la parole de la France ». Paris a été condamné devant le Comité international des droits de l’enfant et plusieurs plaintes sont en cours d’examen à la Cour européenne des droits de l’homme.

Alors que le procès des attentats du 13-Novembre est en cours, le président de 13onze15, Philippe Duperron, accompagné de son prédécesseur, Georges Salines, a tenu à marquer son soutien de sa présence : « Ces enfants sont des victimes des erreurs et des errements de leurs parents. Qu’est-ce qu’ils penseront plus tard de leur pays dont ils sauront qu’il n’a rien fait ? » Les rapatrier est, selon lui, faire œuvre de « prévention de la radicalisation ». Marie-Claude Desjeux, présidente de la Fenvac, est venue expliquer que les procès auxquels elle assiste depuis deux ans l’ont fait « évoluer » sur le sujet. Dans une tribune publiée par Le Monde en février, Arthur Dénouveaux et Jean-Marc Delas, président et avocat de Life for Paris, se prononçaient, eux aussi, pour un rapatriement des enfants et des djihadistes français, hommes comme femmes, afin de juger les adultes et d’élever les enfants dans un environnement plus sain.

Le soutien des principales associations de victimes des attentats du 13 novembre 2015 permettra-t-il un changement d’attitude de l’exécutif ? Le Collectif des familles unies a relancé sa demande d’un rendez-vous avec le président de la République.

Appel au rapatriement des enfants français et de leurs mères détenus dans les camps du nord-est syrien

Enfants détenus dans des camps au nord-est de la Syrie

Les 6 associations signataires : Collectif Familles Unies, 13onze15 Fraternité et vérité, Fédération Nationale des Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs (FENVAC), Ligue des Droits de l’Homme, Human Rights Watch, Amnesty International

Depuis plus de trois ans désormais, 200 enfants français et leurs mères sont détenus dans le nord-est syrien par les autorités régionales kurdes dans les camps Roj et Al Hol. La plupart de ces enfants avait 2 ou 3 ans en entrant dans ces camps, et certains y sont nés. Depuis lors, ils grandissent entourés de barbelés, dans la boue ou la poussière, et dorment sous des tentes de fortune été comme hiver. Les conditions de vie dans ces camps sont désastreuses : les enfants manquent de soins adaptés, ne bénéficient d’aucun soutien psychologique, et ne sont pas scolarisés. Selon les Nations Unies, des centaines de personnes détenues à al-Hol et Roj -dont au moins la moitié sont des enfants- sont déjà mortes ces trois dernières années, notamment en raison du manque de soins médicaux, de l’insalubrité, d’accidents comme des incendies de tentes et de l’insécurité grandissante.

Le 8 février 2021, une vingtaine d’experts indépendants des droits de l’homme des Nations Unies ont exhorté 57 pays, dont la France, à rapatrier les enfants et les femmes bloqués dans « les camps sordides » du nord-est syrien.«Les conditions humanitaires désastreuses des camps mettent en évidence la nécessité d’une action collective, soutenue et immédiate pour prévenir des dommages irréparables aux personnes en situation vulnérable qui y sont détenues » estimaient les experts. Nombre de ces experts ont réitéré ces appels depuis, de même que la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet.

Le Comité International de la Croix Rouge, la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, le Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, le directeur régional du CICR, les Défenseurs des droits, et la CNCDH ont tous appelé au rapatriement des enfants et de leurs mères détenus dans les camps. Le Parlement européen a voté une résolution en ce sens, et Monsieur David DE PAS, coordonnateur des juges d’instruction antiterroristes français, a publiquement affirmé que ces rapatriements étaient une priorité tant humanitaire que sécuritaire. Les autorités régionales dirigées par les Kurdes qui détiennent ces enfants et leurs mères exhortent quant à elles les pays concernés à prendre leur responsabilité et à les rapatrier au plus vite.

Parce que la France refuse de rapatrier ces enfants, les laissant dans des camps aux conditions dangereuses pour leur survie, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a considéré en février dernier que notre pays portait atteinte au droit à la vie de ces enfants, les exposait à des traitements inhumains et dégradants, et violait ainsi les dispositions de la Convention internationale des droits de l’enfant.

La détention arbitraire de ces enfants viole aussi les principes internationaux relatifs aux enfants associés à des groupes armés, qui doivent être considérés avant tout comme des victimes. Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, et la Suède, rapatrient de nombreux enfants et leurs mères. En 2021, 97 femmes et enfants européens sont rentrés dans leurs pays respectifs, dont 7 enfants français seulement. Plus aucune opération de rapatriement n’a été diligentée par la France depuis janvier 2021, et notre pays s’isole de plus en plus dans le choix du pire. La France refuse de rapatrier les orphelins restés dans le camp Roj et livrés à eux-mêmes, dont la petite Sara, 6 ans, qui a vu sa mère décéder dans le camp le 14 décembre 2021 après que la France a refusé son rapatriement sanitaire pendant trois ans.

Ces enfants ne sont coupables de rien : ils sont au contraire doublement victimes ; du choix de leurs parents d’abord, et de l’abandon de leur pays ensuite. Les laisser grandir et prendre le risque qu’ils périssent dans des camps sordides est indigne d’un pays comme la France. L’intérêt supérieur de ces enfants commande qu’ils soient rapatriés avec leurs mères – quand celles-ci sont encore vivantes. Il est à souligner que toutes les femmes de nationalité française sont sous le coup d’une information judiciaire criminelle française et d’un mandat d’arrêt international délivré par un juge antiterroriste français. Des procès seront organisés devant des cours d’assises spéciales et ces femmes seront jugées pour avoir rejoint l’organisation terroriste Daesh. Elles ne sont judiciarisées qu’en France, et ne peuvent être jugées qu’en France.

Nous appelons solennellement la France à rapatrier ces enfants et leurs mères dans les plus brefs délais. Les gouvernements qui contribuent activement à la détention de leurs citoyens sans procédure régulière et dans des conditions mettant leur vie en danger peuvent être complices de leur détention illégale et de leur punition collective.

La France risque également de contribuer à l’insécurité dans la région en augmentant les risques que Daech tente de recruter des enfants français pour faire partie de leur prochaine génération de combattants.  Les abandonner dans ces camps contribuera aussi à fabriquer de la radicalisation et de la défiance envers notre pays. Cette ignominie doit cesser, et vite. Les trois dernières années ont montré qu’en fermant les yeux sur ces détentions dans le nord-est de la Syrie, des pays comme la France n’ont fait qu’aggraver la crise et les risques sécuritaires.

Les associations signataires de cet appel demandent à être reçues dans les meilleurs délais par Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République.

Collectif Familles Unies

13onze15 Fraternité et vérité 

Fédération Nationale des Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs (FENVAC)

Ligue des Droits de l’Homme 

Human Rights Watch 

Amnesty International

Syrie : Un appel pour rapatrier les enfants français détenus en Syrie

TV5 MONDE 23 MAI 2022 Florent Crebessegues

Leur appel sonne comme un cri de détresse. Plusieurs associations françaises appellent solennellement la France à rapatrier les enfants français et leurs mères djihadistes détenus dans les camps du nord-est de la Syrie. Parmi ces associations la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International, et le « Collectif famille unies ».

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« Cinq ans c’est trop long » : des familles d’enfants détenus en Syrie appellent à leur rapatriement

franceinfo par Gaële Joly le 23 mai 2022

Dans le camp des femmes françaises et leurs enfants attendent un signe de l’Etat français, qui refuse de les rapatrier ensemble. (RAYMOND ALBOUY / RADIO FRANCE)

Quelque 200 enfants français et 80 femmes sont enfermés dans des prisons à ciel ouvert. Les familles réclament du courage politique pour ce second mandat du président Emmanuel Macron, qui a placé son quinquennat sous le signe de la protection de l’enfance.

C’est un appel lancé alors que le gouvernement a tenu son premier conseil des ministres lundi 23 mai : plusieurs associations dont celle des victimes du 13-Novembre, 13onze15 Fraternité et vérité, la Ligue des droits de l’Homme et Amnesty International, « appellent solennellement la France » « à rapatrier les enfants français et leurs mères détenus dans les camps du nord-est syrien dans les plus brefs délais ».

Aucun enfant n’a été rapatrié depuis seize mois

Selon eux, il y a urgence : certains de ces enfants français vivent dans ces prisons à ciel ouvert depuis maintenant cinq ans. En tout, ils sont 200 enfants français et 80 femmes enfermés dans ces camps. Depuis seize mois, la France n’a rapatrié personne, y compris les dix orphelins livrés à eux-mêmes. Les familles réclament un peu de courage politique pour ce second mandat du président Emmanuel Macron, qui a placé son quinquennat sous le signe de la protection de l’enfance.

>> Guerre en Syrie : « Nous voulons qu’ils oublient qu’ils sont des bombes en puissance », la délicate réhabilitation d’enfants de jihadistes

Suzanne a encore un peu d’espoir. Elle a ses quatre petits enfants, là-bas, en Syrie : « Nous espérons qu’avec ce nouveau quinquennat ce soit très rapide, explique-t-elle. Cinq ans c’est trop long, il faut arrêter ce carnage… » « Ces enfants ont perdu quatre ans de leur enfance et maintenant il faut leur rendre, il faut les reconstruire tout de suite », insiste-t-elle. Isma attend elle le retour de son neveu de six ans :

« C’est dur de leur donner des explications. Quand mon neveu demande quand l’avion va venir le chercher, et qu’il voit ses copains rentrer et pas lui, il comprend encore moins… »Isma à franceinfo

« La situation ne sera pas stable avant des décennies, avance Marie Dosé, l’avocate de l’association Collectif des familles unies, qui réclame le rapatriement de Syrie de ces enfants de jihadistes et de leurs mères. Faut-il donc attendre que ces enfants aient 30 ou 40 ans ? L’Allemagne, la Belgique ou encore la Suède n’attendent pas et la France s’isole de plus en plus. C’est le seul pays européen qui a été condamné en février par le comité des Droits de l’enfant de l’ONU mais cela n’a rien changé : il faut que la France respecte les engagements internationaux. Cette décision appartient à Emmanuel Macron… »

« Emmanuel Macron ne peut pas être celui qui va laisser périr 200 enfants français dans ces camps, comme il ne peut pas rester le président d’une France condamnée pour avoir violé la convention internationale des droits de l’enfant. Cela décrédibilise et ça salit notre pays. »Marie Dosé à franceinfo

Ce combat fédère de plus en plus de monde : Bruno Solo, des écrivains comme Marie Desplechin, l’humoriste Sophia Aram, les associations de victime du 13-Novembre, la Fenvac. Marie-Claude Desjeux, sa présidente, a dû, au départ, penser contre elle-même. « Ce qui est toujours difficile, c’est d’avoir des positions un peu politique, estime-t-elle. Ce sont des enfants, des victimes de guerre, ils sont otages, et notre pays ne respecte pas les engagements prix. On est un pays finalement qui ne respecte pas les engagements des conventions internationales. Ces 200 enfants doivent rentrer. «  Les associations demandent à être reçues par le président de la République et rappellent qu’ « abandonner » ces enfants dans les camps contribuera à « fabriquer de la radicalisation ».

Syrie : plusieurs associations lancent un appel au rapatriement des 200 enfants français et leurs mères

Par  La rédaction de France Bleu, France Bleu, France Bleu Paris le Lundi 24 mai 2022

Plusieurs associations appellent à l’État à rapatrier 200 enfants français et leurs mères détenus dans les camps du nord-est syrien (illustration) © Sipa – Delil SOULEIMAN

Dans une déclaration commune publiée ce lundi plusieurs associations dont 13onze15 Fraternité et vérité, la Ligue des droits de l’Homme et Amnesty International, appellent l’État « à rapatrier les enfants français et leurs mères détenus dans les camps du nord-est syrien les plus brefs délais ».Dans une déclaration commune publiée ce lundi plusieurs associations dont 13onze15 Fraternité et vérité, la Ligue des droits de l’Homme et Amnesty International, appellent l’État « à rapatrier les enfants français et leurs mères détenus dans les camps du nord-est syrien les plus brefs délais ».

13onze15 Fraternité et vérité, la Ligue des droits de l’Homme ou encore Amnesty International : plusieurs associations appellent le gouvernement « à rapatrier les enfants français et leurs mères détenus dans les camps du nord-est syrien dans les plus brefs délais ». Dans un communiqué commun, elles rappellent que « depuis plus de trois ans désormais, 200 enfants français et leurs mères sont détenus (…) par les autorités régionales kurdes dans les camps Roj et Al Hol ».Selon ces associations, « la plupart de ces enfants avaient 2 ou 3 ans en entrant dans ces camps, et certains y sont nés. Depuis lors, ils grandissent entourés de barbelés, dans la boue ou la poussière, et dorment sous des tentes de fortune été comme hiver ».

Fabriquer de la radicalisation

D’après les organisations associatives, « les conditions de vie désastreuses : les enfants manquent de soins adaptés, ne bénéficient d’aucun soutien psychologique, et ne sont pas scolarisés. Selon les Nations unies, des centaines de personnes détenues à al-Hol et Roj – dont au moins la moitié sont des enfants – sont déjà mortes ces trois dernières années, notamment en raison du manque de soins médicaux, de l’insalubrité, d’accidents comme des incendies de tentes et de l’insécurité grandissante ».

« Ces enfants ne sont coupables de rien » arguent les associations, « ils sont au contraire doublement victimes, du choix de leurs parents d’abord, et de l’abandon de leur pays ensuite ».« Les laisser grandir et prendre le risque qu’ils périssent dans des camps sordides est indigne d’un pays comme la France ». 

Les associations demandent à être reçues par le président de la République et rappellent qu’ « abandonner » ces enfants dans les camps « contribuera à fabriquer de la radicalisation et que la France » peut être « complice de leur détention illégale et de leur punition collective ». 

« On cherche à en faire des fantômes » : l’horreur du « Guantánamo » des enfants français en Syrie

L’OBS par Marie Vaton·Publié le 

Le camp d’Al-Hol, où depuis 2019 des milliers d’enfants vivent dans la misère. (DELIL SOULEIMAN / AFP)

Environ 200 enfants de djihadistes sont toujours détenus dans des camps syriens. Malgré de très nombreuses condamnations par les instances internationales, la France s’isole dans son obstination à ne pas les rapatrier, ainsi que leurs mères.

C’est la tache sur le premier mandat d’Emmanuel Macron. Une faute, au regard des textes internationaux de protection des droits de l’enfant. Un acte manqué qui coûte cher à la France et lui reviendra comme un boomerang à peine le nouveau gouvernement constitué. Le 24 février, le Comité des Droits de l’Enfant des Nations unies a en effet statué : « Le refus de la France de rapatrier des enfants français détenus dans des camps syriens dans des conditions mettant leur vie en danger depuis des années viole leur droit à la vie, ainsi que leur droit à ne pas subir de traitements inhumains et dégradants. »

Avant ça, la Ligue des Droits de l’Homme, les Nations unies, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen, l’Unicef, la Croix-Rouge, la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), la Fédération internationale pour les Droits humains (FIDH), Human Rights Watch, Amnesty et, il y a trois semaines, la Défenseur des droits, tous ont fustigé l’obstination du gouvernement français à laisser pourrir l’épineux dossier du sort des enfants français prisonniers des camps syriens. Dans quelques semaines, ce sera au tour de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH), saisie du cas de trois enfants et de leur mère, de décider si la France sera condamnée pour traitements inhumains et violation du droit à la vie familiale.

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